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Pratique en rapport avec la guerre et la vengeance, l'anthropophagie des
océaniens a beaucoup choqué les premiers voyageurs
européens
dans le Pacifique au 18e siècle. Cependant il faut distinguer le
cannibalisme à caractère rituel de celui qui correspond à une
habitude alimentaire en rapport avec la guerre. Dans le premier cas,
les guerriers ne consommaient que le foie, le coeur ou des morceaux du
cerveau des prisonniers ou des ennemis tués au combat. Cette coutume était
associée à la chasse aux têtes, les crânes des
victimes étant ensuite conservées comme des trophées. À l'origine
de cette pratique, l'espoir d'acquérir la force spirituelle ou les
qualités du défunt quand il s'agissait d'un homme brave ou
exceptionnel ; en même temps le vainqueur devait montrer son courage
en consommant les parties essentielles du corps de son ennemi (Philippines,
Indonésie centrale et orientale, Mélanésie). Dans cette
dernière région comme dans le reste de l'Océanie (sauf
en Micronésie), les ennemis tués étaient décapités
(la tête mise de côté), les corps coupés en morceaux,
rôtis dans un four creusé dans le sol ou cuits dans des marmites
en poterie ; ils étaient mangés rituellement par les hommes, surtout
chefs et grands hommes qui participaient à ces "banquets" (Nouvelle
Zélande, Fiji, Kanaky, Marquises). Aux Fiji, l'intensité du
phénomène semble avoir été plus grande qu'ailleurs,
des chefs marquant d'une pierre chaque victime consommée ; par euphémisme,
on parlait alors de la cuisson d'un "cochon long".
En Polynésie, le paroxysme de la consommation de chair humaine a été atteint à l'île
de Pâques peut être en raison du manque de mammifères, la
seule viande de l'île étant le poulet et le rat. Sur cette petite île, à forte
croissance démographique en regard de ressources très limitées,
des conflits fréquents éclataient entre les groupes territoriaux
(mata). Souvent, les prisonniers hommes, femmes et enfants étaient tués
et mangés par les vainqueurs ; le crâne des chefs était brûlé comme
une ultime offense. Dans ce contexte particulier, le cannibalisme infligeait
une humiliation supplémentaire aux descendants des victimes : les ossements
de leurs parents étaient utilisés comme outils par les vainqueurs.
Il semble que la guerre était en partie stimulée par la promesse
de ces banquets cannibales dont les femmes étaient exclues. Les doigts
et les orteils étaientt considérés comme des parties de
choix. En outre, certains captifs étaient offerts aux dieux ; après
le sacrifice, ils étaient consommés rituellement par les prêtres
et les hommes influents.
Aux Marquises, d'après les témoignages du siècle dernier,
par vengeance, les prisonniers étaient d'abord torturés et leurs
corps découpés vivants au couteau de bambou ; chaque guerrier emportait
sa part. Les festins cannibales des guerriers s'accompagnaient de beuveries de
kava et de chants particuliers. Souvent les prisonniers de guerre étaient
immolés aux cours de cérémonies plus longues, entrecoupées
de chants et de danses ; le coeur des victimes était réservé au
chef de guerre (toa), les yeux au chef du groupe local, mais la tête revenaient à celui
qui avait capturé la victime, qui en confectionnait un crâne-trophée.
Les repas cannibales avaient lieu à l'écart des habitations.
Lors du second voyage de Cook ont été collectés des objets en rapport avec le cannibalisme comme des couteaux à découper la viande humaine (équipés de dents de requins chez les Maori). En Polynésie, la conversion au christianisme et la colonisation ont mis fin au cannibalisme dans la seconde moitié du 19e siècle. En Insulinde et en Mélanésie, les pratiques de consommation de chair humaine liées aux rites de chasse aux têtes ou à la guerre, ont perduré plus longtemps.
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