L' École de Médecine Navale de Rochefort fut fondée
en 1720 par le Grand Amiral de France, le comte de Toulouse, et ouverte
en 1722 sous la férule de Jean Cochon-Dupuy, premier médecin
de l'hôpital maritime de Rochefort.
Le succès de cette école
de médecine entraîna l'ouverture
de structure analogue dans les ports de Toulon, puis de Brest. Un règlement
en date du fer mars 1768 consacrait d'ailleurs l'existence de ces trois écoles
d'anatomie et de chirurgie de la marine.
Si le but de cette école navale
rochefortaise était d'apprendre
l'anatomie, la chirurgie et la pharmacie aux futurs chirurgiens puis
médecins
de la marine, elle était là aussi pour les familiariser avec
les grandes maladies nautiques et exotiques. Sans être exhaustif, on
peut les classer en :
- Maladies du départ :
Elles sont essentiellement dues à l'état physique et physiologique
des recrues, les causes en sont une alimentation défaillante, un
alcoolisme latent, une mauvaise hygiène et un long voyage à pied
pour atteindre le lieu d'embarquement.
- Maladies dues à l'alimentation :
Tout d'abord les pathologies carentielles avec le célèbre
scorbut la "peste des mers" qui est une avitaminose C. Puis
l'héméralopie, moins connue, mais procédant du même
mécanisme ciblée, cette fois, sur la vitamine A et qui se
manifeste par une diminution prononcée de la vision vespérale.
Ensuite, citons la typhoïde, engendrée par l'eau ou par des éléments
souillés par des déjections contenant le bacille d'Ésberth
et se transmettant de l'homme à l'homme.
- Maladies contractées à bord des vaisseaux
:
Ce sont essentiellement celles dues au manque d'hygiène et aux conditions
de vie à bord : le paludisme, provoqué par la piqûre
d'un moustique, mais pouvant aussi sévir aux escales ; le typhus
exanthématique, connu sous le nom de fièvre des vaisseaux,
l'agent vecteur y est le pou corporel ou la puce ; la peste bubonique, due
au bacille de Yersin découvert en 1894, dont le réservoir
est le rat se transmettant à l'homme par la puce. Les rhumatismes,
dont la cause principale est l'humidité régnant en permanence
sur les vaisseaux, atteignent les marins dès leurs premiers embarquements.
Les maladies pulmonaires et les catherres othorino-laryngologiques sont également
dues à l'humidité. La gale du corps, provoquée par
un acarien, est une maladie purement parasitaire provenant d'un manque d'hygiène
flagrant. La dysenterie ou "flux de sang" peut être aussi
une maladie d'escale. Cette affection est due à l'amibe dysentérique
; la contamination se fait par voie buccale avec des aliments souillés
de matières fécales par des doigts sales, des eaux polluées,
des légumes ou des fruits infectés par un manque d'hygiène évident.
Mais à bord, il y a aussi les accidents de toute nature : ceux liés à la
manoeuvre du navire, les noyades, les brutalités et les punitions,
les incendies, les naufrages, les abordages, les batailles navales et les
mutineries. Cette pathologie est souvent du ressort de la chirurgie.
- Maladies d'escale :
Sous cette rubrique, on peut souligner les bagarres et les rixes, le
pion, maladie tropicale due à un parasite voisin de celui de la
syphilis, cette dernière étant aussi, très présente
aux escales ; la blennorragie et le chancre rejoignent ce chapelet d'affections
provoqué par de longues abstinences. La fièvre jaune ou " vomito-nègre " a
pour réservoir de virus le singe qui transmet la maladie à l'homme
par, là aussi, un moustique. Citons encore la variole ou "petite
vérette", les intoxications alimentaires et enfin les maladies
psychiques avec notamment la mélancolie ou mal du pays.
Avec cette longue énumération de maladies, d'infections,
d'affections, de parasitoses et d'accidents, on comprend mieux le rôle
que pouvait avoir ces écoles de médecine navale dont Rochefort était
le fleuron.