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Contexte : Rites et croyances d'Océanie

Parole et écriture

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Si l'oralité comme l'écriture autorisent la variabilité des coutumes dans leurs processus de transmission, ces processus se déroulent selon des modes différents. De même, on sait qu'il n'existe pas une version unique d'un récit ni des procédures rituelles exactes et immuables, mais plutôt une structure favorisant des variations, des changements locaux laissant une place à la créativité. Cependant, avec l'écriture, fondée sur le mode de la reproduction conforme, le texte tend à figer les formes des récits comme ceux des rites. Épopée, discours politique et rituel, dits de justice, conte, proverbe, poésie lyrique, versifiée ou non, des formes diverses de la tradition orale abondent dans l'aire océanienne.

Les langues de la famille malayo-polynésienne font grand usage d'expressions imagées - métaphores et figures de rhétorique sont innombrables - de formules, de répétitions et de la réduplication des racines, notamment pour indiquer une valeur d'intensité. Les chants récitatifs fameux des Polynésiens et Micronésiens sont de longs poèmes psalmodiés avec des énumérations, des particules indiquant le mouvement, le lieu et les aspects des temps du récit. La parole sacrée, les actes des ancêtres et des dieux sont connus à travers ces narrations formalisées comme dans les épisodes des mythes, des textes parfois plus courts.

Une autre dimension est donnée par les chants accompagnant les danses, notamment à l'occasion des fêtes ou encore pour l'accueil des visiteurs, permettant des adaptations, des créations nouvelles tout en respectant les formes de la tradition. Dans ces sociétés, fondées sur des sources orales, les prières, invocations et charmes possèdent une force spirituelle ; le simple fait d'énoncer une proposition produit un effet quasi concret. D'où la qualité première accordée à la parole. Elle couvre un registre très large, des charmes magiques aux sorts prononcés à mi-voix, des harangues déclamées par les chefs et les prêtres, des insultes criées à l'ennemi par les guerriers aux plaintes parlées-chantées des deuilleurs lors des cérémonies funéraires. En bref, la parole, le "souffle" et le corps forment les éléments constitutifs de l'être humain vivant en opposition aux morts (ces derniers, comme les ancêtres, se manifestent à travers les rêves qu'ils envoient à leurs descendants).

En l'absence de textes écrits - sauf en Indonésie, à Java, Bornéo et Sulawesi - les facultés de mémorisation sont développées, soumises à un entraînement régulier dès l'enfance par des techniques éprouvées (versification, procédés de répétition) atteignant un niveau exceptionnel. Ce qui permet aux détenteurs du savoir du groupe (chamans, prêtres, bardes, généalogistes...) de maîtriser une mémoire très importante représentant l'équivalent de plusieurs milliers de pages imprimées. La mémoire orale, d'une richesse inépuisable, joue un rôle central dans tous les aspects de la vie sociale en Océanie ; elle est fondatrice des institutions coutumières.

Les bardes des îles Marquises (onoono), récitaient de longues listes d'ancêtres après des énumérations de dieux et d'éléments naturels ; chez les Maori, des spécialistes des généalogies utilisaient un bâton pour ponctuer leur chant, rappelant les ancêtres qu'ils nommaient en récitant. Les Malais de Bornéo ou des Moluques connaissent des formes poétiques improvisées, les pantun, qui sont intermédiaires entre la tradition orale et la littérature écrite.

En Océanie, le seul exemple connu "d'écriture" autochtone est celui de tablettes gravées par les anciens Pascuans. Les signes de ces tablettes, appelés kohau rongo rongo, les "bois parlants" ou plus précisément des "bâtons parlants" sont célèbres. Gravés sur des tablettes de petite taille, ils montrent une série d'environ cent vingt éléments graphiques, représentant des animaux (oiseaux, poissons...), des figurations anthropomorphes dont "l'homme oiseau" (tangata manu), des objets rituels et des éléments non identifiés. Elles utilisent un mode de lecture dit boustrophedon inversé où les lignes du texte sont lues d'abord de droite à gauche, puis en retournant la tablette du même côté, de gauche à droite. Certains de ces signes apparaissent comme pétroglyphes ailleurs à l'île de Pâques (oiseaux, humains). Il semble que les éléments des tablettes soient aussi de nature pictographique et qu'ils n'étaient utilisées que comme aide mnémotechnique par les prêtres pour la psalmodie de chants ou de récits, les symboles gravés jouant le rôle de " coches" ou de "repères" pour le récitant, plutôt que de mots ou de groupes de mots. Probablement, les bardes récitaient leurs discours en tenant à la main une tablette ou un bâton, comme c'était le cas aux Marquises. Certaines tablettes étaient peut-être des charmes de guerre ou étaient associées à des rites de fertilité des champs, de toutes façons elles étaient sacrées et entourées de tapu. Peut-être ces charmes étaient-ils aussi employées pour des actes de sorcellerie? Cela expliquerait la peur extraordinaire qu'elles causaient aux Pascuans. D'après les hypothèses de chercheurs contemporains, ces "textes" se semblent pas avoir existé à l'époque préhistorique sur l'île, ils seraient postérieurs aux premiers contacts avec les navigateurs européens au 18e siècle.

 


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