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Contexte : Rites et croyances d'Océanie

Chasse aux têtes

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Ce qu'on peut appeler le « complexe de la chasse aux têtes », en Indonésie et en Océanie, présente une diversité culturelle et un morcellement linguistique allié à une très grande extension géographique, du continent asiatique jusqu'aux îles Marquises et à la Nouvelle Zélande. Ce complexe associe la prise des têtes des "ennemis" (parfois il s'agit des habitants des villages voisins) à des célébrations collectives, à la fondation de bâtiments - la maison des hommes ou la longue maison -, à l'élévation de mégalithes, à l'initiation des jeunes garçons, à des prises de grade ou à des cérémonies religieuses particulières. En Océanie, il semble probable que ces pratiques guerrières et rituelles aient été diffusées lors des migrations des peuples austronésiens. À Belau, on parle du "vol des têtes" entre villages pour expliquer cette coutume qui s'articule à des cycles cérémoniels d'échanges. Généralement, la chasse aux têtes est intégrée à la fois au contexte des guerres et des vendettas intervillageoises et à des pratiques religieuses associant le culte funéraire et les rites agraires centrés sur la notion de fertilité. On peut donc relever ces aspects complémentaires pour les petites sociétés à espace social restreint qui vivaient dans un état de guerre fréquent avec leurs voisins, proches ou éloignés, à l'échelle d'une vallée, d'une île ou d'une région insulaire ou côtière.

Pour les jeunes gens, participer à une expédition de chasse aux têtes correspond à une initiation afin d'obtenir le statut d'homme adulte, idéalement le guerrier victorieux. Il lui faut avoir décapité un ennemi et rapporter au village le sanglant trophée. Le jeune homme obtient ainsi certains tatouages ou parures et peut se marier par la suite. Dans les rites funéraires, le sacrifice humain ou l'offrande d'une "tête fraîche", reposent sur l'idée que la victime accompagne le défunt dans l'au-delà en tant que compagnon ou serviteur : une coutume  réservée aux chefs et aux familles ou personnes influentes. Des notions plus générales associent aussi la pratique de la chasse aux têtes à un sacrifice sanglant qui doit assurer la fertilité des plantes et des humains, facilitant le croissance de riz (Indonésie) et des tubercules (Mélanésie).

Les sociétés qui pratiquent la chasse aux têtes de manière intensive ont aussi élaboré un art des têtes trophées conservées dans des maisons cérémonielles ou dans la maison des chefs de village en Indonésie et en Mélanésie. En Polynésie, les crânes décorés tels les moko-moko des Maori, ou ceux des Marquisiens, sont les plus impressionnants. En Nouvelle-Guinée, c'est sur les fleuves Sepik et Ramu et dans les régions sud-est et sud-ouest (pays Asmat, Marind-Anim, golfe de Papouasie) que le soin porté à l'ornementation atteint un degré surprenant (perles, graines, pièces de bois, décor incisé, coquilles...). Cette "personnalisation" du trophée est peut être à mettre en rapport avec l'idée, commune dans cette région, que le guerrier qui a ramené le crâne prenait aussi le nom de sa victime. Aux Marquises, les prisonniers de guerre étaient décapités et la peau de la tête jetée au feu, tandis que les cheveux des victimes étaient conservés, devenant signe de bravoure, pour confectionner les parures des guerriers ; là aussi le vainqueur prenait le nom de sa victime. Les crânes trophées, symboles de la valeur guerrière et objets de prestige étaient exposés à l'admiration des villageois lors des parades et des fêtes. L'accumulation de ces trophées est aussi un indicateur du statut social chez certains peuples (Dayak de Bornéo, Papous, Salomon, Maori). En Mélanésie, la vénération des crânes ancestraux, souvent surmodelés, coexiste avec la préparation des trophées obtenus à l'occasion de guerre ou de vendettas.

 


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