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Contexte : Société Océanienne

Échanges et dons

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La dimension des échanges cérémoniels et économiques est centrale dans la vie sociale des océaniens. Bien qu'ils soient présents partout, c'est en Mélanésie que ces phénomènes prennent une ampleur extraordinaire (Nouvelle-Guinée, Salomon, Vanuatu, Kanaky). Ils englobent non seulement ce que nous entendons par échange ou simple "troc", mais aussi une notion souvent très sophistiquée de la "monnaie" avec des relations politiques et rituelles autour de certains objets de prestige (parures, plumes...), des cadeaux ou la distribution de biens ou de nourriture à l'échelle régionale.

Ces échanges fonctionnent sur d'autres principes qu'une économie marchande, souvent ils impliquent la notion du don. Dans ce contexte, le don d'objets (nattes, vanneries, tapa...) ou de nourritures particulières, ignames, cochons ou noix de coco suppose une réciprocité ou "contre-don" qui répond au premier. La valeur du contre-don est équivalente à celle des biens reçus, mais, dans la plus part des cas, ce dernier sera supérieur, car il met, en outre, en jeu le renom du donneur. La mémoire des dons et contre-dons, surtout de ceux qui ont lieu lors de cérémonies funéraires et d'alliances, couvre souvent plusieurs générations ; elle est conservée par la tradition orale. Ainsi, les big men et les chefs indonésiens ou mélanésiens accumulent des nourritures ou des objets dans le but de les redistribuer et de se constituer une clientèle dans leur communauté ou d'élever leur statut.

Les échanges de biens engendrés par des alliances matrimoniales prennent la forme d'un échange de prestations réglementé par la coutume : le prix de la fiancée reçu par les "donneurs de femmes" et les contre-prestations, un ensemble de biens spécifiques (porcs, monnaies de coquillages, nattes, couteaux...) donnés en retour par les "prenneurs de femmes" aux premiers (clan, lignage ou maison). En Nouvelle-Guinée orientale et dans l'archipel de la Louisade (îles Trobriand), le vaste circuit d'échanges de la Kula, sans doute le plus important au sein de la Mélanésie, met en rapport différentes ethnies sur les côtes et dans l'intérieur des îles. Dans la Kula, deux sortes d'objets seulement sont échangés par les participants - des hommes du statut de big men : des brassards en coquillage et des colliers de perles de coquilles, appelés mwali et soulava. Ces objets précieux ne sortent pas du circuit des échanges d'île en île et de communauté en communauté ; ils s'échangent l'un contre l'autre en suivant un parcours inverse à celui, initial, par lequel ils ont été acquis. Les objets mettent de deux à dix ans pour accomplir un cycle complet. À la fin du cycle d'échanges, les propriétaires retrouvent leur "biens" en quantité égale. S'ils en obtenaient plus qu'ils en ont engagés, ils perdraient la face.

Le système de la Kula, comporte parallèlement à ces échanges équivalents des opérations "commerciales" plus classiques : de grandes expéditions maritimes en pirogues des Massim entre l'extrémité orientale de la Nouvelle-Guinée, les Louisiades et les Trobriand (Kitava, Kiriwina, Kaileuna, l'archipel Bennet, à l'ouest, Sanaroa, Dobu, Misina et, au sud, Wari, Sideia, Basilaki...), par des liens directs ou indirects, engagent de nombreux partenaires à de grandes distances. Par opposition aux transactions fondées sur l'échange d'un seul objet, ces dernières opérations offrent la possibilité d'utiliser une accumulation de biens. Ce système présente des dimensions économiques et politiques irrémédiablement mêlées à des comportement somptuaires ou des arrière-pensées de prestige.

Dans les hautes terres de Nouvelle-Guinée, un autre système appelé , articule des fêtes et des échanges cérémoniels sur une aire très vaste, des milliers d'individus y participent. De grands festins rassemblant les partenaires, terminent un cycle, à ces occasions des centaines de porcs sont abattus et consommés par les invités. Dans ces échanges, les parures de coquillages, obtenues à partir de la côte, jouent un rôle de premier plan. Le comporte aussi un aspect ostentatoire excessif évoquant un Potlach.

Au Vanuatu, dans la région centre nord (Espiritu-Santu, Malakula, Ambrym, Pentecôte, Ambae...), on connaît plusieurs catégories d'échanges, formant une trame serrée, tissant des liens culturels et commerciaux, des emprunts. Par exemple, du centre de Pentecôte, les échanges de nattes, de cochons et de femmes ont lieu avec les îles d'Ambae, Maevo, Ambrym, Malakula. Ces routes juxtaposent des circuits d'échanges spécialisés (porcs à dents, poteries, monnaie de coquillages..), et des centres de production et des "marchés".

Les ethnies des côtes et de l'intérieur se trouvent dans des relations de symbiose, les premiers engageant des voyages d'échange en pirogues. En Polynésie et en Micronésie, certains objets (parures, plumes, tapas décorés, pectoraux...) pouvaient servir de monnaie d'échange ou bien de cadeaux lors de l'établissement de relations pacifiques entre les habitants des différentes îles ou atolls d'un archipel. Enfin, dans les Carolines occidentales, des réseaux de prélèvement du tribut reliaient plusieurs îles (Satawal, Puluwat...) reconnaissant l'autorité de l'île haute de Yap dont les chefferies accumulaient ces biens.

 





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