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Contexte : Société Océanienne

Maladies et guérisons

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De façon générale, en Insulinde et en Océanie, on rencontre de nombreuses maladies résultant des conditions climatiques tropicales, de la forte humidité et de la présence de parasites endémiques. Parfois, des épidémies de choléra, variole, rougeole ou typhus ont décimé la population surtout à Java et Bornéo, aux Moluques, en Nouvelle-Guinée (Waigeo, baie d'Irian). Le germe du paludisme (plasmodium) - transmis par les moustiques anophèles - est présent dans tout l'archipel indonésien et en Mélanésie jusqu'au Vanuatu. Il se manifeste par de fortes fièvres, des maux de tête et des douleurs articulaires, parfois par des hémorragies cérébrales causant la mort. Outre le paludisme, il existe de nombreuses fièvres, plus ou moins dangereuses, telle la dengue, la typhoïde, très contagieuse, provoquant un état de "stupeur" chez le malade. Le choléra "d'été", saisonnier, causé par l'ingestion d'eaux polluées en saison sèche, produit de fortes diarrhées, des crampes et des douleurs intestinales. Les maladies de peau - dont la lèpre, le pian et la gale - sont répandues, sans doute en relation avec le mode de vie, le manque d'hygiène et la présence des animaux domestiques.

Une alimentation peu variée, pauvre en vitamines, tend à rendre ces fièvres bien plus mortelles qu'ailleurs.

Les thérapies élaborées par les habitants reposaient en partie sur l'idée que certaines plantes et minéraux pouvant guérir les maladies, étaient marqués d'un "signe" naturel ou d'un symbole indiquant leur destination, Dieu - chez les musulmans - des esprits particuliers ou des divinités des religions autochtones révélant ainsi aux hommes l'utilisation de ces éléments bienfaisants. La catégorie des thérapeutes comprenait les dukun ; ils pratiquaient leur art sur une base empirique, fondée sur les similitudes et vérifiée par l'expérience ; la classification des maladies était élaborée à partir de ces deux éléments. Par exemple, une cure de rhizomes jaunes de curcuma protège de la jaunisse ou un arbuste produisant une sève rougeâtre sera utilisée comme un médicament contre une diarrhée sanglante (le Caesalpinia sappan, appelé lolan à Ambon, sepang en Malais).

L'observation des animaux fournissait aussi des remèdes : le petit lézard cicak, vivant dans les maisons, était considéré comme un antidote à la lèpre, car il régénère sa peau et sa queue. La connaissance des plantes toxiques chez les Malais et les autres peuples de l'archipel, explique le rôle important des poisons (îles de la Sonde, Moluques).

La sexualité était un domaine privilégié pour les remèdes des dukun et des herboristes. Ces derniers devaient répondre à la demande des hommes et des femmes sur de nombreux points : développer le plaisir (aphrodisiaques, onguents..), éviter les maladies résultant des actes sexuels, augmenter la fertilité des couples, assurer un contrôle des naissances (certaines plantes provoquent l'avortement), enfin faciliter la cicatrisation et le repos après l'accouchement. Jusqu'à la fin du 18e siècle, la sensualité érotique faisait partie des préoccupations quotidiennes, d'où l'élaboration exceptionnelle de philtres à partir des plantes, de charmes d'amour, de magies de séduction.

La médecine traditionnelle, qu'on peut comparer au système des "humeurs" des 16e et 17e siècles européens, distinguait entre un état "chaud", néfaste à l'homme, et un état "frais" ou favorable. Cette dichotomie était appliquée à d'autres domaines de la vie sociale, tel le rituel, la parenté (inceste) ; la nosologie, le diagnostic et les remèdes s'en inspiraient. Les plantes, séchées ou humides, étaient appliquées en cataplasme ou encore préparées en décoctions. Souvent les ingrédients combinaient des herbes, des fleurs, des racines avec des épices (gingembre, curcuma...). A partir de ces poudres (jamu), on prépare une boisson, surtout à Java ; il en existe de nombreuses variétés selon les affections. A Bornéo, les pierres de bézoard (batu guliga), des concrétions minérales trouvées dans l'intestins des animaux (hérissons, singes...), étaient aussi grattées et bues avec de l'eau comme médicament.

A côté de ces traditions médicinales, le chamanisme utilisait la transe (balian) et la possession (médiums) avec des rites compliqués, pour exorciser les maladies causées par les esprits, la transgression des interdits ou des troubles de caractère psychosomatique.

En Micronésie et en Polynésie, grâce à un climat plus salubre et à l'absence de paludisme et d'autres fièvres parasitaires, l'état de santé contraste avec celui de l'Indonésie. Cependant, le mode de vie et l'humidité prédisposaient les habitants à certaines maladies ou infections. La plus commune était l'éléphantiasis causée par un parasite vivant dans l'eau, le filaire ; elle se traduisait par un gonflement des membres inférieurs, en patte d'éléphant, parfois par celui d'autres parties du corps ; elle était très répandue au 19e siècle ; des Européens résidant à Tahiti l'avaient contractée. La syphilis - selon les lieux, importée par les premiers voyageurs ou bien endémique - a causé des ravages partout. Il n'existait pas de traitement efficaces pour ces maladies graves. Au 19e siècle, des épidémies de grippe ou de variole apportées de l'extérieur, ont décimé la population de nombreuses îles ou atolls. Pour des affections bénignes, les Polynésiens pratiquaient le massage, la transpiration dans un four (umu), l'application de pierres chauffées ou de cataplasmes, à base de plantes. Aux Marquises, les maladies étaient peu nombreuses avant le contact avec les Européens à la fin du 16e siècle ; les habitant y mourraient de vieillesse, ou par accident ou de leurs blessures de guerre. L'isolement des groupes territoriaux dans les vallées limitait la diffusion des maladies. "Présent des dieux", la maladie était conçue comme une punition due à une infraction du tapu, ou de la coutume. Les Marquisiens pensaient que le contact avec le sang menstruel - le plus impur - causait la lèpre (mohoi). Outre les maladies de peau, des affections respiratoires étaient communes (bronchite, asthme). Une colique subite pour eux résultait d'un sort jeté par un sorcier. Des spécialistes (taua), souvent des femmes, pratiquaient des exorcismes et des rites curatifs; comme ailleurs en Océanie, les plantes cultivées et sauvages servaient à la confection des remèdes.

Par ailleurs, il existait une classe de "chirurgiens", les tuhuka tatihi, utilisant une véritable connaissance de l'anatomie pour guérir des fractures ou des luxations; ils opéraient des abcès à l'aide d'une lame de bambou.

 





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