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Contexte : Objets et techniques d'Océanie

Tapa et textiles

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Les immigrants austronésiens venus de Taïwan et d'Asie du Sud-Est, apportaient avec eux la technique de l'écorce battue ou tapa, un mot polynésien désignant un tissu d'écorce unie, kapa à Hawai'i. Ils en confectionnaient des vêtements, ceinture-tablier, veste sans manches, poncho, des capes et des turbans, mais aussi des couvertures, des sacs de forme simple. Parallèlement, il semble qu'ils connaissaient la technique du tissage sur un métier horizontal de type "indonésien". La fabrication du tapa nécessite deux instruments (une fois que l'écorce a été découpée, séchée et préparée en rouleau de la taille choisie) : une enclume en bois dense de taille variable, légèrement surélevée, large de 16 à 30 cm et un maillet ou battoir en bois dur à section carrée ou ronde, à rainures ou quadrillé selon le type d'écorce et la destination de l'étoffe.

La confection du tapa est un travail féminin par excellence ; souvent le martèlement de l'écorce se fait en groupe ; l'étoffe est encollée et mouillée d'eau pendant l'opération. En Océanie, le tapa est obtenu à partir de l'écorce intérieure de différents arbres dont le mûrier à papier (Broussonetia papyrifera) est le plus courant, des ficus et, plus rarement, d'une espèce d'arbre à pain. En Insulinde, à Bornéo, l'arbre kumut (Dipterocarpacea) et d'autres arbres de qualité inférieure, produisent des étoffes d'écorce et aussi des cordes. La technique est aussi connue à Sulawesi et dans d'autres régions de l'Indonésie. Le tapa non-teint existe en couleurs claire ou blanche écrue, beige, marron et orangé. Certains tapa peints sont de véritables oeuvres d'art ; ceux originaires de la côte nord de la Nouvelle-Guinée, appelés maro, montrent des motifs extrêmement riches d'animaux, de lézards et de frises curvilignes, en belles couleurs sur un fond clair.

Le tapa occupe une place importante dans le monde océanien ; des bandes de tapa servaient à envelopper des sculptures ou des objets de prestige (Rapanui, Marquises). En Polynésie, une pièce de tapa instituait un lien entre le monde des dieux et celui des hommes, limitant aussi les effets dangereux du tapu, d'où son utilisation lors de nombreux rites de passage (naissance, initiation, premières règle des filles, mariage, funérailles).

Aux îles de la Société, des motifs de fougères, appliqués au pochoir, des chevrons et des cercles, évoquant aussi ceux du tatouage, apparaissent sur les tapa à fond clair. Le tapa uni blanc ou hobu, est remarquable par sa finesse obtenue par un long séchage au soleil. Il a été comparé à la mousseline par des observateurs du 19e siècle ; il servait de vêtement ‡ l'aristocratie et surtout à envelopper le corps des chefs morts ; des bandes de tapa étaient enroulées sur des supports en bois autour de l'abri funéraire tupapa'u (Tahiti).

En Mélanésie, les tissus de tapa décorés ou unis, faisaient partie des biens de prestige échangés lors des cérémonies d'alliance (avec les nattes en vannerie et d'autres objets manufacturés, comme la poterie à Fiji ). En terme de décor, les tapa les plus élaborés sont ceux de Futuna, Fiji, Tonga et Niue qui montrent une grande richesse de motifs géométriques. Par contre, le tapa micronésien est uni ou, rarement, coloré en bleu (Carolines).

En Insulinde, on pratique le tissage dit ikat (litt. "noué ou "lié"), une méthode qui consiste à lier des paquets de fils à des points choisis selon un dessin préalablement préparé. Les parties ligaturées sont protégées de la teinture lorsque l'écheveau est plongé dans un ou plusieurs bains selon le nombre de couleurs (rouge, brun, bleu obtenu à partir de l'indigo) ; le résultat donne un contour un peu flou aux motifs. À Bornéo et Sumatra (Kroe), on pratique la technique de la "trame flottante" ou pilih, donnant presque un effet d'appliqué aux motifs par rapport au fond (chaîne).

Partout dans cette région, les tissus en ikat ont des fonctions sociales et rituelles ; ils servent comme bannières ou décorations à l'intérieur des maisons à l'occasion des fêtes, dans la galerie de la longue maison dayak et aussi pour l'habillement. On recouvre de pièces de tissu, les statues des divinités et des ancêtres (Bornéo, Moluques, Sumba, Timor et Waigeo) ; les Iban de l'ouest de Bornéo y enveloppent les têtes trophées lors leur entrée dans la longue maison. À Sulawesi, des textiles à fonction essentiellement rituelle servent de linceuls afin d'envelopper les défunts.

Le tissage avec un métier horizontal est aussi attesté en Micronésie, aux îles Carolines centrales (Pohnpei, Truk, Kosrae) ; dans ces îles, à l'époque du contact avec les européens, les habitants utilisaient soit des fibres d'hibiscus, soit celles d'un ficus. Les textiles de Kosrae sont très fins ; leurs teintes sont obtenues à partir de colorants végétaux (jaune, bleu, noir, marron et rouge). Les tissus servaient à confectionner des ceintures, des ceintures-tabliers et des jupes.

 


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